lundi, janvier 15, 2007

Pour un monde meilleur (11)







- Il y a tout de même une chose incroyable qui s’est produite.

Les regards se tournent vers cette voix à l’accent haut et à l’intonation joyeuse.
Celle d’une jeune femme frêle, qui n’était pas là lors des premiers rendez-vous, et dont le visage n’est pourtant pas inconnu à Martha. Elle doit avoir dans les vingt-cinq trente ans. Les mots chancèlent un peu, mais son regard s’affirme. De grands yeux bleus qui lui rappellent aussi quelqu’un d’autre.

Je suis plusieurs et en même temps je suis moi, la vraie.

Quelle est donc cette chose incroyable ?

La jeune femme, celle qu’elle croit connaître, celle qui lui évoque vaguement quelqu’un d’autre, celle dont la voix même semble connue d’elle s’engage. Elle s’installe. Tous les hommes la regardent, et le peu de femmes présentes, de moins en moins nombreuses, l’attendent.

- je ne sais pas. Elle sourit. Enfin, on a réussi à croiser les flux. On a réussi à tout rendre possible. Beaucoup de choses sont finalement facilitées, peut-être qu’ainsi, on…elle prend sa respiration, enfin on empêchera la guerre.

De nombreux sourires attendris accueillent les naïves paroles de la jeune ingénue. Pourtant personne n’ose intervenir, un long silence s’installe, emprunt d’un doux apaisement, comme si soudain, par la simplicité de ses mots, elle avait réussi à calmer leurs angoisses pour quelques minutes au moins.

Pourtant sa phrase n’est qu’un concentré d’absurde. Quelle guerre ?
Empêcher quoi ?
Comment ?

Elle continue à sourire, faiblement, pourtant son visage à la blancheur irréelle rayonne presque. La lumière est très crue dans ce sous-sol.

Elle se décide à la contrer, sentant que les hommes sont tous à l’arrêt, mais n’y parvient pas. Serait-elle aussi sous le charme de la blondeur candide ? ou serait-ce autre chose ?
Cette fille lui rappelle vraiment quelqu’un, enfin elle lui rappelle une autre personne et aussi il lui semble la connaître elle. Pourtant elle n’arrive pas du tout à recomposer le souvenir. Elle ne sait pas d’où lui vient cette impression de la connaître sans la reconnaître. Va-t-elle prendre le pas, l’empêcher d’aller dans une voie qui n’est de toute façon pas la bonne, puisqu’il faut avancer, organiser ce qui n’est encore qu’un minuscule début de projet, mais pourrait bien à l’évidence prendre forme. Elle entreprend donc de réagir. Se laisse pourtant encore un peu absorber par ce physique troublant.

- excuse-moi mais de quelle guerre veux-tu parler ?

Le jeune femme sourit, toujours aussi imperturbable.

- Eh bien la guerre, enfin celle qui va bientôt arriver…

Les hommes ont évidemment perdu leur cerveau, à supposer qu’ils en aient eu un jour. Martha commence à perdre le contrôle.
- tu es au courant que la guerre a commencé depuis un certain temps. Il ne s’agit évidemment pas d’une guerre comme celles que nous avons connues au 20è siècle — mais je ne crois pas que tu aies bien connu le 20è siècle, en particulier sa première moitié, cependant il s’agit d’une guerre bien réelle qu’une frange de la population mondiale a déclaré à une autre frange de la population, dont une partie certaine n’est pas consciente, mais qui fait de vraies victimes, je te l’assure. Je ne comprends pas vraiment comment tu peux imaginer empêcher une guerre. Par quel moyen déjà, en croisant les flux ? Etrangement, cela me fait penser à Ghostbusters, enfin un film que tu n’as pas dû voir, tu étais trop jeune.
M.G

4 commentaires:

M.G a dit…

Rassurez-vous, la présence de la photo ne témoigne en rien de notre appréciation de l'oeuvre dont elle est extraite. Nous avions juste envie de mettre cette jolie photo...

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Larsen a dit…

On sent la lumière crue des néons chancelants sur des visages blafards, j'ai enfin le sentiment d'être dans la fiction, j'aime beaucoup.
On l'entend moins Ray Parker Jr non ?

M.G a dit…

Je crois qu'il est mort écrasé par un hecto, un vulgaire blob.

Merci à vous Larsen...