lundi, décembre 11, 2006

Pour un monde meilleur (7)

Le débat s’enlise, enferme ceux qui cherchent une issue.
Elle sent bien qu’elle est à deux doigts de perdre le contrôle, de se lâcher : de se révéler.
Les échanges par mail avaient cet avantage au moins de donner le sentiment de pouvoir être parfaitement honnête, enfin si l’on oublie le décalage qu’impose l’écrit.
En tout cas dans ces échanges, elle pouvait choisir de dire ou de taire certains aspects, certaines vérités, et parfois certains mensonges aussi. Après quelques années, elle avait appris à se maîtriser. Elle s’était imposé quelques règles simples, comme ne jamais répondre tout de suite à un mail. Ne pas laisser l’affectif réagir, surtout dans un médium qui utilise l’écrit.
Alors, malgré la peur d’être localisée, elle avait réussi à apprécier la liberté de l’anonymat ou simplement de la non présence.
En live, c’est différent. Il faut se confronter au visage, à l’autre et à soi, dans ce qu’il nous reste de plus humain : la possibilité de se trahir. Rougir, déraper, lâcher une information que l’on s’est juré de taire.
Sans doute est-ce le plus douloureux. L’impossibilité de la confiance. Après avoir perdu ses amis un par un car la haine ancrée dans leur histoire était plus forte que l’affection pourtant réelle qu’ils avaient su jadis lui porter, elle se retrouvait au milieu de personnes dont elle partageait à priori les idées sans pour autant être sûre de leur bienveillance, et pire encore de leur réelle implication dans tout cela.
Il s’agissait de survie. Au sens le plus strict du terme. Il n’y avait pas de retour possible. Pour vivre il fallait désormais pouvoir exister. Justement parce que l’on avait cru avoir dépassé l’horreur, l’avait-on faite impossible. Elle était encore partout présente, mais il y avait comme une erreur dans l’équation. A l’ère de la technologie, du partage licite ou illicite des données. A l’heure où l’on avait consommé la mort des croyances et idéologies, on avait cru un instant pouvoir se penser égaux. Alors quel était ce destin stupide et commandité par la stupidité ?
Comment se pouvait-il que l’on soit disqualifié d’avance pour ce que l’on était ?
Survivre, exister, cela signifiait croire en ce non retour.
Alors qu’au fond d’elle, et de la plupart de ceux qui sont réunis autour de cette table en mélaminé, le retour est inéluctable.
Chacun le voit pour lui, ou pour l’autre, selon que ça l’arrange. Mais s’ils sont réunis ici, s’ils ont décidé un temps de quitter leur confort éternel, c’est sans doute parce qu’ils étouffent de ne plus pouvoir vivre.

Mais sont-ils tous de vrais « viveurs » ?
Comment être sûr qu’il n’y a pas des entrants, des sous-marins venus espionner cette simple entreprise de survie ? comment se confier tout à fait à ceux que l’on ne connaît pas vraiment, à qui l’on a simplement posé quelques questions par mail pour être sûr que l’on est dans le même camp ?
Comment également continuer à les avoir près de soi, ne pas les décourager. Encore il faut se modérer. Toujours se contenir. Souffrir en silence de l’étrange situation de ceux qui ont traversé l’écran. Car il serait pire que tout de se savoir vraiment seule. A cela elle ne veut pas se résoudre, elle ne veut pas croire qu’ils puissent n’être qu’une poignée. Alors elle retient ses mots, elle surveille les regards et les réactions en espérant secrètement qu’ils vont répondre de la manière dont elle aimerait qu’ils le fassent. Elle les observe et prononce intérieurement les mots à leur place. Elle attend de savoir, elle écoute les paroles versées inutilement dans l’espace ouaté, avec la douleur contenue de celle qui résorbe sa lucidité pour quémander un peu de tendresse. Non au fond, c’est l’inverse. Elle est tellement lucide qu’elle sait qu’il faut tout maîtriser pour ne pas se voir confronté à la réalité.
Pour ne pas mourir de douleur.

M.G

4 commentaires:

Stalker a dit…

Bonjour.
Mais non voyons, seule compte la brûlure du réel (cela ressemble à quelque mauvaise manchette journalitsique mais...) plutôt que tous ces pseudo-jeux de piste plus ou moins virtuels.
Excellente continuation.

PS : merci pour le lien au fait.

R2K a dit…

: )

R2K a dit…

I am a hacker : )

M.G a dit…

It's nice to have you here.

Maybe you could be part of the fiction...